RDC/Goma/« Prétendue marche de soutien» à l’AFC/M23: Quand le Rwanda tente d’infléchir la pression américaine avec un rempart qui trahit son essoufflement diplomatique
■ Une manipulation en réponse aux exigences américaines sur le CONOPS
Dans une précédente analyse, nous révélions que les États-#Unis avaient réorienté les priorités du CONOPS, en exigeant le retrait préalable et total des forces rwandaises des zones d’#Uvira, #Bukavu, Goma et Bunagana d’ici janvier 2026, avant toute neutralisation des FDLR. Face à cette exigence, le régime rwandais a orchestré une opération de manipulation populaire. L’objectif est de tenter de démontrer à la communauté internationale une prétendue cohabitation pacifique entre les populations des territoires occupés et l’administration imposée par les RDF et leurs supplétifs du M23/AFC. Cette manœuvre ne peut aucunement convaincre. Il est en effet difficile d’imaginer qu’une population historiquement hostile aux incursions rwandaises et qui n’a jamais appelé de ses vœux l’occupation de ses villes, organise spontanément des manifestations de soutien à ceux qu’elle considère comme ses oppresseurs.
■ La persistance du projet expansionniste rwandais au Kivu
Le projet expansionniste du Rwanda au Kivu, un secret de Polichinelle, a cru pouvoir s’imposer définitivement après l’occupation de Goma et de Bukavu. La participation de Paul Kagame aux divers processus de paix s’est souvent caractérisée par le refus des clauses garantissant l’intégrité territoriale de la #RDC. Cependant, la pression diplomatique accrue, notamment américaine, a contraint #Kigali à adopter de nouvelles tactiques. L’organisation des manifestations de « soutien populaire » apparaît comme une tentative désespérée de légitimer a posteriori son entreprise et de sauver ce qui peut l’être avant l’échéance contraignante du retrait total exigé pour le 1er janvier 2026. Cette stratégie révèle en réalité l’obsession de Kigali à créer une séparation de fait entre le Grand Kivu et Kinshasa. Les velléités fédéralistes avancées par ses alliés locaux au processus de Doha en étaient un premier signe.
En forçant la participation des populations occupées à des mises en scène publiques, #Paul Kagame témoigne en fait de l’impasse de son aventure militaire face à la résistance diplomatique du gouvernement de #Félix #Tshisekedi. Il tente désormais d’instrumentaliser une population martyrisée, en brandissant le principe fallacieux de l’auto-détermination pour justifier son maintien. En clair, le Rwanda refuse de quitter la #RDC.
■ L’essoufflement diplomatique et de la stratégie de scissiparité transversale
Depuis trois décennies, le Rwanda mène une guerre d’agression contre la #RDC par procuration. En utilisant systématiquement des groupes congolais, il donne à chaque crise une apparence de conflit interne (congolo-congolais). Cette méthode repose sur une forme de scissiparité transversale: Chaque mouvement armé créé ou soutenu par #Kigali finit par se diviser ou se transformer pour donner naissance à un nouvel avatar, perpétuant ainsi l’instabilité.
C’est ainsi que le RCD/Goma a muté en CNDP, lequel a engendré le M23 puis actuellement, le M23/AFC, tous soutenus par le même parrain. Aujourd’hui, cette stratégie de métamorphose est connue de tous. Le recours à des manifestations de rue factices trahit un essoufflement de cette stratégie séculaire.
Cet essoufflement s’est également ressenti sur le plan diplomatique, mais en se servant d’un aspect qui lui permet de gagner du temps. Les déclarations répétées du Conseil de sécurité de l’#ONU excluant une solution purement militaire à la crise semblent conforter Kagame dans son intransigeance. L’absence de menace crédible d’intervention militaire directe contre ses positions en #RDC l’incite à persister. Il défie ainsi les accords et les menaces des sanctions, comptant sur l’épuisement de la communauté internationale et sur les difficultés actuelles de l’armée congolaise (#FARDC) à le déloger par la force, seul moyen que Kinshasa est en droit d’employer pour sa légitime défense.
■ Pour Kinshasa : Allier fermeté diplomatique et mobilisation citoyenne
Si la défense militaire du territoire reste la première ligne de souveraineté, les revers sur le terrain imposent de combiner tous les leviers de pression. Le gouvernement congolais doit éviter le piège d’une usure diplomatique passive, dans l’attente de la seule réaction de #Washington, dont l’agenda international est chargé.
La diplomatie congolaise gagnerait en puissance si elle s’appuyait sur une pression populaire légitime et organisée. Des manifestations pacifiques, régulières et massives à #Kinshasa et dans les autres grandes villes du pays, pourraient significativement peser sur la perception et la réaction de la communauté internationale. Cette mobilisation citoyenne, non-violente et déterminée, constituerait un appui crucial pour exiger le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC.
Ambroise Mamba Ntambwe,
Journaliste et chercheur en sciences politiques et administratives.

