RDC/TSHISEKEDI FACE À L’AFC/M23,LA VICTOIRE PAR L’ASSÈCHEMENT
Par le Prof. Dr. Louis AKILIMALI
Beni, 15 Septembre 2026
RÉSUMÉ
Cet article propose le concept de « victoire par Assèchement » pour mettre fin à 18 mois d’occupation de Goma et Bukavu. Plutôt que de négocier le partage du pouvoir avec l’AFC/M23, il s’agit de lui retirer ses trois sources de pouvoir : discours politique, financement minier et contrôle social.
INTRODUCTION
Comment mettre fin à 18 mois d’occupation sans inviter les occupants à la table de Kinshasa? C’est le dilemme qui bloque la paix depuis janvier 2025. La prise de Goma et Bukavu par l’AFC/M23 n’est pas une simple rébellion. Selon le Groupe d’Experts ONU (juillet 2025), le M23 bénéficie d’un « mando y control » rwandais avec 3 000 à 4 000 soldats RDF et systèmes antiaériens sophistiqués qui lui donnent un avantage tactique décisif. Le Conseil de Sécurité, dans sa Résolution 2773 du 21 février 2025, exige le retrait immédiat du M23 et l’arrêt du soutien rwandais.
Nous proposons une stratégie en trois piliers inspirée de Galula et de l’économie politique des conflits de Collier et Hoeffler.
I. ASSÉCHER LE DISCOURS : ORGANISER LE DIALOGUE DE L’EST SANS L’AFC/M23
La première munition du M23 n’est pas une arme, c’est un argument. Il se présente comme défenseur des marginalisés, porte-voix des réfugiés oubliés et rempart contre la tribalisation. Cette « grievance cover » décrite par Autesserre masque les rentes économiques. Tant que ces problèmes réels ne sont pas réglés par Kinshasa, le mouvement trouve des oreilles attentives.
Proposition : Convoquer à Kinshasa un Dialogue Vérité et Pacte de l’Est, mais SANS l’AFC/M23. Autour de la table, non pas des politiciens de Kinshasa, mais les vrais propriétaires de la terre : les Mwami Shi, Havu, Nande, Hunde, Nyanga, Vira, Bembe, fuliru, Hutu et Tutsi congolais, les mamans Wazalendo, les victimes de Kalehe, les professeurs non payés de Goma et Bukavu, les jeunes, les confessions religieuses et la société civile. C’est le modèle Barza intercommunautaire d’Autesserre.
Que doivent-ils régler exactement ? Les vraies causes et non les effets :
01. Le retour digne et sécurisé des réfugiés congolais,
02. La Réinsertion et Réintégration réelles des combattants,
3. Le Respect du pouvoir coutumier et sans discrimination.
Si ce pacte est signé entre les communautés, l’AFC/M23 perd son fond de commerce politique. Il redevient ce qu’il est à Goma et Bukavu, une force d’occupation étrangère qui perçoit des taxes, qualifiée par la Résolution 2773 d’administration parallèle illégitime à démanteler.
II. ASSÉCHER L’ARGENT EN COUPANT LE ROBINET DU PILLAGE.
Aucune armée ne tient deux capitales 18 mois sans financement massif. La guerre de l’Est est avant tout une entreprise minière.
Depuis avril 2024, le M23 contrôle Rubaya qui représente 15% de l’extraction mondiale de coltan. Le Groupe d’Experts ONU estime 120 tonnes/mois transportées, générant 800 000 USD/mois de taxes.
En mars 2025, 195 tonnes de 3T ont été passées en contrebande vers le Rwanda en une semaine.
En Ituri, les groupes alliés de AFC/M23 génèrent 140 millions USD/an sur l’or.
Trois armes à haute calibre :
01. Tuer le business des minerais de sang.
Le coltan de Rubaya, l’or de Walikale, la cassitérite de Nzibira sortent vers Bunagana.
Kinshasa doit obtenir la traçabilité forcée en ce sens que l’UE et les USA déclarent ces minerais illégaux et sanctionnent les comptoirs de Dubaï/Kigali (Règlement UE 2017/821).
Sans acheteur, le minerai reste en terre. Le rapport ONU juillet 2025 alerte sur les fraudes transfrontalières massive avec coltan M23 mélangé à la production rwandaise.
02. Isoler le soutien extérieur.
Les rapports de l’ONU détaillent des « incursions systématiques » RDF, un millier en janvier 2024, avec troupes rwandaises qui « égalaient voire surpassaient » le M23. La diplomatie de Luanda doit exiger le retrait préalable comme condition, pas comme résultat.
03. L’arme judiciaire.
Lancer les mandats CPI et justice militaire pour pillages, viols, exécutions à Goma/Bukavu. Un chef sous mandat international ne voyage plus, n’ouvre plus de compte. Il devient toxique. Quand on coupe l’argent, la guerre meurt.
III. ASSÉCHER LE TERRAIN POUR RECONQUÉRIR LES CŒURS DEPUIS KINSHASA
Que voit l’habitant de Goma/Bukavu? Un Salongo obligatoire le samedi sous fouet, et les quelques latrines en briques présentées comme développement. Pas de salaire pendant 18 mois, pas de médicaments. C’est le contrôle par coercition sans légitimité décrit par Kalyvas.
Pendant que l’occupant gère la misère, Kinshasa peut gérer l’espoir sans permission, c’est-à-dire dire :
01. Payer les abandonnés.
Plus de 30.000 fonctionnaires non payés depuis la fermeture des banques à Goma et Bukavu. C’est une bombe sociale. Créer le corridor paiement contournement via Beni, Butembo, Uvira via le Mobile Money sécurisé, pour payer directement en zone occupée.
Un enseignant payé par Kinshasa redevient loyal à la République.
02. Contourner Goma et Bukavu
Au lieu de quémander la réouverture de l’aéroport de Goma et Kavumu, ouvrir une nouvelle route humanitaire, pont aérien et terrestre depuis Kisangani vers Walikale, Bunia vers Beni et depuis Kalemie vers Uvira. Faire arriver les vivres par l’Ouest où le M23 n’est pas.
03. Promettre du vrai.
Face aux fausses promesses RN2 Goma-Rutshuru et RN3 Bukavu-Walikale par les agresseurs, Kinshasa doit venir au Dialogue avec contrats déjà signés. Contrat goudronnage Goma-Bweremana, Bukavu-Minova, nyangezi-Kamanyola, Goma- Butembo avec un financement de la Banque Mondiale sécurisé, à exécuter dès libération. La Population doit voir un vrai développement qui vient de Kinshasa, pas des balais et des chicottes de chaque samedi. C’est le peace dividend visible.
CONCLUSION
La paix de l’Est ne viendra pas d’une poignée de main à Kinshasa entre le Président et un chef rebelle. Elle viendra quand le chef rebelle n’aura plus personne avec qui serrer la main.
La stratégie est très claire :
– Assécher son discours en réglant les problèmes communautaires sans lui,
– Assécher son financement en coupant le trafic de minerais, et
– Assécher son contrôle social en payant et nourrissant la population mieux que lui.
On ne met pas fin à une occupation en négociant avec l’occupant. On y met fin en le rendant inutile. C’est à Kinshasa, loin des fusils de Goma et de Bukavu, que se gagnera la vraie bataille de la paix s’il y a implication des filles et fils de l’ Est qui maîtrisent mieux les causes profondes des conflits.
Professeur Louis AKILIMALI
akilikalouis@gmail.com, louisakilimali164@gmail.com
BIBLIOGRAPHIE
– Nations Unies, Groupe d’Experts RDC, S/2024/432, S/2024/1026, S/2025/ rapport juillet 2025 – mando y control rwandais, 120 tonnes coltan/mois, 800 000 USD taxes, 195 tonnes 3T contrebande,
– Conseil de Sécurité ONU, Résolution 2773 (21 février 2025),
– Autesserre, S. (2010). The Trouble with the Congo. Cambridge UP.
– Collier, P. & Hoeffler, A. (2004). Greed and grievance in civil war.
– Galula, D. (1964). Counterinsurgency Warfare.
– Kalyvas, S. (2006). The Logic of Violence in Civil War.
– Reyntjens, F. (2009). The Great African War.
– Stearns, J. (2022). The War That Doesn’t Say Its Name.
– Vlassenroot & Huggins (2005). Land, migration and conflict in Eastern DRC.
– Jamestown Foundation (2025). M23 Leverages Taxes and Minerals to Sustain Operations – 140M USD or Ituri.
– Sikkink, K. (2011). The Justice Cascade.
– Banque Mondiale (2024). Rapport financement RN2/RN3.

