RDC/Appréciation du franc congolais: Entre mérite national et mirage international (Tribune)

Par le Prof Faustin Luanga, Sénateur de la République

L’appréciation récente du franc congolais face au dollar américain suscite une vague d’enthousiasme dans les milieux gouvernementaux. Le Vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, le Professeur Daniel Mukoko Samba, attribue cette performance à une coordination rigoureuse entre politique monétaire et budgétaire : ajustement des réserves obligatoires par la Banque centrale, discipline budgétaire, gestion stricte des échéances fiscales.Ces efforts sont louables. Ils traduisent une volonté de restaurer la confiance, de protéger le pouvoir d’achat et de stabiliser le taux de change. Mais il ne serait pas satisfaisant de s’en tenir à une lecture unilatérale et partielle de la réalité économique nationale et internationale. Car cette « appréciation » du franc congolais est aussi — et surtout — le reflet d’une dépréciation du dollar américain à l’échelle mondiale.Les politiques volontaristes de l’administration Trump ont affaibli le billet vert. La Réserve fédérale américaine a abaissé ses taux directeurs pour relancer la croissance, affaiblissant ainsi le dollar. Le Président Trump, dans sa logique protectionniste, encourage une monnaie faible pour favoriser les exportations. Le déficit budgétaire américain explose, et les marchés réagissent suite à ces instabilités politiques et commerciales, comme en témoignent les différentes guerres tarifaires de l’administration Trump. Ces facteurs externes ont contribué à la montée du franc congolais, indépendamment des actions internes. Nous sommes, en quelque sorte, des passagers clandestins sur le train des efforts étrangers. Nous jubilons sans avoir vraiment transpiré.

La vraie question est donc : avons-nous réellement mérité cette appréciation ? Avons-nous posé les fondations d’une monnaie forte et durable ? Avons-nous diversifié notre économie ? Avons-nous renforcé notre production locale ? Avons-nous stabilisé notre cadre macroéconomique ? Avons-nous réformé notre gouvernance monétaire et fiscale ? La réponse est non. Sans industrialisation, sans réforme fiscale profonde, sans vision stratégique, le raffermissement du franc reste fragile. Une monnaie forte sans économie solide est un château de cartes.Le peuple mérite mieux. Il mérite des réformes, du travail, de la transparence, que des illusions. Il mérite une vérité complète. Oui, il y a des efforts. Mais non, nous ne sommes pas encore à la hauteur des défis. Il faut cesser de célébrer des effets d’aubaine et travailler à des réformes durables, structurelles. L’État ne doit pas seulement se contenter de commenter les fluctuations, mais il doit agir pour les maîtriser.Évoluons. Changeons de paradigme. Cessons d’être ce pays qui produit ce qu’il ne consomme pas et qui consomme ce qu’il ne produit pas. Bâtissons une économie souveraine qui mérite sa monnaie. Le Sénat vous y encourage et vous accompagnera sur cette voie-là.

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