RDC/Justice/Ève BAZAIBA défie le Conseil d’État dans l’affaire du DG Honoré Mulumba du FFN
Par Obed BISIDI
La République Démocratique du Congo est-elle encore un État de droit lorsqu’un membre du gouvernement peut ouvertement refuser d’appliquer une décision du Conseil d’État, plus haute juridiction d’ordre administratif du pays ? C’est la question que soulève avec acuité l’affaire Honoré Mulumba, Directeur général du Fonds Forestier National (FFN), victime d’une mise à l’écart brutale et manifestement illégale, malgré sa réhabilitation en bonne et due forme par la justice.
Le lundi 21 juillet 2025, un huissier de justice mandaté par le Conseil d’État s’est présenté au siège du FFN pour notifier officiellement la décision annulant la suspension du DG. L’ordonnance ayant force exécutoire, le Directeur général Honoré Mulumba était donc en droit de reprendre ses fonctions immédiatement. Pourtant, à peine 24 heures plus tard, le mardi 22 juillet, c’est une véritable scène de blocage institutionnel qui s’est déroulée : le cabinet du DG, accompagné de ses collaborateurs, a été empêché d’accéder à ses bureaux. Pire encore, des conseillers du ministère de l’Environnement ont été dépêchés sur place pour empêcher son retour, comme le confirment des vidéos authentiques parvenues à notre rédaction.
Ce refus d’exécution de justice par la ministre Ève Bazaïba en sa qualité d’autorité de tutelle s’apparente ni plus ni moins à une obstruction délibérée aux décisions judiciaires. Un acte d’une gravité extrême, non seulement sur le plan institutionnel, mais aussi sur le plan symbolique : quand un ministre foule aux pieds une décision du Conseil d’État, c’est l’ensemble de l’architecture de la justice de la République qui vacille.
Il est important de rappeler que le ministre avait motivé la suspension de Honoré Mulumba par des allégations de « mégession », sans jamais apporter de preuve . De son côté, l’intéressé plaide sa bonne foi et pointe des résultats éloquents : de 99 000 dollars de fonds disponibles en 2020, le FFN serait passé à plus de 42 millions en quatre ans, grâce à une gestion rigoureuse saluée par plusieurs partenaires. En revanche, l’opinion dénonce un acharnement personnel, notant que le DG ne perçoit plus son salaire depuis six mois et a été privé de son véhicule de service.
Dès lors, il devient légitime de s’interroger : la décision de la ministre BAZAIBA de bloquer la réinstallation du DG obéit-elle à une logique de droit ou à des considérations personnelles inavouées ? Quels intérêts sont menacés par le retour d’un gestionnaire qui semble avoir redressé l’institution qu’il dirige ? La ministre défend-elle réellement l’intérêt public ou celui d’un cercle restreint ?
L’affaire Honoré Mulumba ne se limite pas à un simple conflit administratif. Elle met en lumière un déséquilibre inquiétant entre les pouvoirs exécutif et judiciaire. En refusant d’appliquer une ordonnance du Conseil d’État, la ministre de l’Environnement envoie un signal dangereux : celui d’un pouvoir politique au-dessus des lois, où l’autorité d’un ministre primerait sur celle des cours et tribunaux.
Dans une démocratie digne de ce nom, la justice est le dernier rempart contre l’arbitraire. Il est donc impératif que les autorités compétentes à commencer par le Premier ministre et le président de la République interviennent pour rappeler que nul, pas même un membre du gouvernement, n’est au-dessus de la loi. Le respect des décisions de justice ne doit souffrir d’aucune exception, sous peine de vider de sa substance tout l’édifice républicain.
Le peuple congolais observe. Et il attend, avec raison, que la vérité, la justice et l’État de droit triomphent.

