RDC/Point de vue: Langues nationales en péril:L’école congolaise est-elle en train d’effacer notre culture?
Par Yamaina Mandala
Parler de l’école congolaise aujourd’hui, c’est aussi parler d’un oubli. Un oubli volontaire, institutionnalisé, presque silencieux: celui des langues nationales. Lingala, kikongo, Tshiluba, Swahili… ces langues qui ont bercé des générations, transmis des valeurs, porté des récits, sont désormais marginalisées dans les salles de classe. À leur place, on impose aux enfants des langues étrangères qu’ils ne maîtrisent pas — souvent le français, parfois l’anglais — comme unique vecteur d’apprentissage.
Ce choix n’est pas neutre. Il est politique, culturel, identitaire. Et ses conséquences sont profondes.
Comment un enfant peut-il apprendre efficacement si la langue d’enseignement lui est étrangère? Loin de faciliter l’accès au savoir, cette pratique crée une barrière cognitive. L’élève récite sans comprendre, mémorise sans intégrer, obéit sans réfléchir. L’école devient un lieu de reproduction mécanique, non d’émancipation intellectuelle.
En excluant les langues nationales de l’enseignement, c’est toute une culture qu’on relègue à la périphérie. Les proverbes, les contes, les chants, les expressions idiomatiques — tout ce qui fait la richesse de notre patrimoine oral — disparaît peu à peu du quotidien des enfants. Ils grandissent sans racines, sans repères, sans lien profond avec leur identité.
Il ne s’agit pas de rejeter les langues étrangères. Elles sont utiles, elles ouvrent des portes vers le monde. Mais elles ne doivent pas être des murs qui nous séparent de nous-mêmes. L’école congolaise doit retrouver sa mission première: former des citoyens enracinés, capables de penser dans leur langue, de dialoguer avec leur culture, et d’embrasser le monde sans renier leurs origines.
Dès lors, réhabiliter les langues nationales, c’est résister à l’effacement. C’est affirmer que notre culture mérite d’être transmise, valorisée, enseignée.
Il est temps que les décideurs éducatifs, les enseignants, les parents et les intellectuels se mobilisent. Car une langue qu’on n’enseigne pas est une langue qu’on condamne à mourir. Et avec elle, c’est une partie de nous-mêmes qui s’éteint.

