RDC:L’indécence amnésique de Moïse Katumbi : quand le reniement politique outrage le droit et l’histoire

(Editorial de Moïse Musangana)

Le débat politique en République Démocratique du Congo vient de franchir le cap du tolérable. En plaidant sans ciller pour la réhabilitation de Joseph Kabila autour d’une prétendue table de « dialogue inclusif », Moïse Katumbi, leader d’Ensemble pour la République, ne se contente pas d’opérer un énième reniement opportuniste. Il insulte la mémoire collective et tente d’imposer un grossier coup de force conceptuel. Mettre sur le même pied d’égalité le projet de révision constitutionnelle de Félix Tshisekedi et la logique séditieuse de factions armées parrainées par le passé ou le présent sous l’ombre tutélaire de Joseph Kabila, relève d’une imposture politique qu’il convient de déconstruire sans complaisance.Il n’y a pourtant pas si longtemps, le même Katumbi dressait un réquisitoire implacable, qualifiant son ancien allié d’« incarnation du mal ». Il dénonçait alors la trahison de la Constitution, du peuple congolais, les carnages à répétition, notamment à Beni, les massacres méthodiques dans les deux Kasai. Il s’interrogeait de façon méprisante sur la nationalité réelle de Joseph Kabila, s’alarmant des conditions suspectes de son entrée sur le sol congolais depuis la Tanzanie. Il brandissait alors les enquêtes de Bloomberg pour fustiger le pillage à ciel ouvert des richesses de la République. Aujourd’hui, par la magie d’une réconciliation de coulisses, ce lourd passif de sang et de spoliation est balayé. Katumbi exige le dialogue, mais passe sous silence une question cruciale : qui va payer pour les dommages incommensurables causés à la Nation ?Le paroxysme de cette dérive s’observe sur le terrain du droit, où Katumbi et la C64 s’embourbent dans une hérésie juridique en instrumentalisant l’article 64 de la Loi fondamentale. Ce texte, dont la rigueur est pourtant absolue, condamne sans appel leur réconciliation de façade.L’article 64 repose sur une dualité juridique qui ne souffre aucune confusion de circonstance : Son alinéa 1er énonce : « Tout Congolais a le devoir de faire échec à quiconque prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. » Ce devoir citoyen est un bouclier républicain destiné à préserver l’ordre légal, non un blanc-seing accordé aux marchands d’insurrections ; Son alinéa 2 assène de manière implacable : « Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État. Elle est punie conformément à la loi. » La frontière du droit est donc limpide et infranchissable. D’un côté, initier un débat ou engager une loi référendaire pour modifier les textes — démarche portée par Félix Tshisekedi — constitue une option politique certes contestable, mais strictement encadrée par les mécanismes légaux et démocratiques prévus par la Constitution elle-même. De l’autre, prendre la tête ou parrainer une rébellion armée, inféodée à des puissances étrangères pour saboter les institutions, tombe directement sous le coup de l’infraction imprescriptible édictée par l’alinéa 2. Assimiler une procédure institutionnelle publique à une haute trahison armée est un contresens juridique majeur, une manipulation criminelle de la doctrine constitutionnelle.Cette faillite intellectuelle se double d’une cécité coupable face à l’ordre diplomatique international. Reprocher au gouvernement légitime de Kinshasa d’interdire aux forces d’opposition de négocier librement avec les mouvements rebelles, sous prétexte que le pouvoir dialogue à Doha, traduit une profonde méconnaissance des lois de la souveraineté. Le cadre de Doha n’est qu’un prolongement technique du processus de Nairobi, visant strictement la reddition et le désarmement de forces négatives.Ce volet interne s’articule impérativement avec le processus de Luanda qui a abouti à la signature historique des Accords de Washington pour la paix et la prospérité, scellés sous la médiation de l’administration américaine. Les termes de ce traité international lient fermement les États à travers des engagements stricts : L’obligation pour le Rwanda de cesser tout soutien au M23 et de retirer l’intégralité de ses troupes (RDF) du territoire congolais ; L’engagement de la RDC à neutraliser les FDLR ; La création d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire pour superviser le cessez-le-feu permanent ; Le déploiement du Cadre d’intégration économique régionale (CIER), visant la transparence absolue dans la gestion et le commerce transfrontalier des minerais critiques, assurant la souveraineté économique de la RDC.En agissant dans ce cadre rigoureux, le gouvernement congolais exerce le monopole exclusif des prérogatives régaliennes de l’État en matière de défense et de diplomatie internationale. Les initiatives parallèles ou les conciliabules privés de l’opposition avec des forces rebelles ne sont pas des actes de médiation ; ce sont des actes de sédition qui violent l’autorité de l’État.En choisissant de blanchir l’homme qu’il décrivait hier comme le bourreau de la RDC, Moïse Katumbi prouve que sa boussole politique est dictée par de simples calculs électoraux, politiciens, au mépris du droit. En tentant d’institutionnaliser l’impunité au nom d’un prétendu consensus, il fragilise les fondements de la République. Si l’opposition a le droit constitutionnel de critiquer les initiatives du pouvoir, elle n’a pas celui de travestir la Constitution pour absoudre des infractions imprescriptibles. Une forfaiture morale et juridique que le peuple congolais ne saurait valider.

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