Point de vue/Génération Z en révolte:Du Népal au Maroc,une nouvelle vague de contestation secoue les institutions
Par Yamaina Mandala
Ils n’ont ni parti, ni chef, ni programme électoral, mais ils ont des millions de followers, des slogans viraux et une rage lucide. De Katmandou à Antananarivo, en passant par Rabat, la Génération Z fait trembler les fondations du pouvoir. Ce n’est pas une révolte passagère: c’est une mutation profonde du militantisme, portée par une jeunesse qui refuse de survivre dans un monde qu’elle n’a pas choisi.
En effet, une nouvelle génération de militants bouscule les équilibres politiques dans plusieurs pays du Sud global. Du Népal à Madagascar, en passant par le Maroc, des mouvements portés par des jeunes ultra-connectés, souvent désignés comme la GEN-4 ou Génération Z, font tomber des dirigeants, ébranlent les institutions et rappellent, par leur intensité, les soulèvements du printemps arabe.
Dans chacun de ces pays, les ingrédients du soulèvement sont similaires: chômage endémique, corruption institutionnalisée, services publics défaillants, et un fossé grandissant entre les élites et le reste de la population. Au Maroc, la mort tragique de femmes enceintes dans un hôpital public a cristallisé une indignation nationale, dénonçant l’injustice entre les soins publics et privés.
À Madagascar, le mouvement « Gen Z Madagascar » est né sur les réseaux sociaux, sans leader officiel, mais avec une force collective impressionnante. Les jeunes y dénoncent la répression, les détournements de fonds et l’absence de perspectives.
Ce qui distingue ces mouvements, c’est leur mode d’action. La Génération Z ne descend pas dans la rue avec des banderoles traditionnelles: elle mobilise via TikTok, Twitter, Instagram, et même des outils d’intelligence artificielle. Les slogans sont remixés, les revendications viralisées, les injustices exposées en temps réel.
À Madagascar, le drapeau pirate du manga One Piece est devenu l’emblème de la révolte, incarnant une jeunesse qui refuse de se soumettre à un système corrompu. Ce détournement de la culture populaire illustre une nouvelle forme de militantisme, ludique mais profondément politique.
Ce mouvement ne vise pas uniquement à renverser des gouvernements. Il exprime une quête existentielle: celle d’un avenir vivable. Comme le souligne une politologue malgache, «la GEN-4 ne veut pas le pouvoir, elle veut un futur ». Cette génération, née dans un monde en crise climatique, économique et sociale, refuse de rester spectatrice.
Ce qui se joue aujourd’hui dans ces trois pays pourrait bien s’étendre. Les jeunes du monde entier partagent des frustrations similaires et des outils communs. La contestation est désormais globale, instantanée, et difficile à contenir par les moyens traditionnels.
Les gouvernements, souvent dépassés par cette nouvelle forme de mobilisation, oscillent entre répression et tentatives maladroites de récupération. Mais une chose est sûre: la Génération Z ne se laissera pas museler. Elle réinvente la démocratie, à sa manière.

