RDC/Scandale grave au FFN: Une mission controversée diligentée par le DG ai debouche à un mort et un blessé grave au Fonds Forestier National (FFN)
Par Obed BISIDI
Une mission officielle sans fondement clair, des détournements à peine voilés, et un mort à la clé. Voilà le lourd bilan d’une opération commanditée par la ministre d’État en charge de l’Environnement, Ève Bazaiba, et le directeur général a.i du Fonds Forestier National (FFN), qui jette l’opprobre sur une gouvernance déjà fragilisée.


Une mission déguisée à lourde facture
Officiellement, la mission collective numéro 014/FFN/DG ai/AOH/BWW/01/2025 avait pour but de faire le point sur les projets financés par le FFN dans la province de l’Ituri, retracer les flux de recettes issues des taxes de déboisement, et sensibiliser les opérateurs miniers et pétroliers sur leur devoir fiscal. Mais en réalité, cette opération cache de nombreuses irrégularités.


D’abord, le FFN a été contraint de supporter à lui seul l’ensemble des frais logistiques et financiers d’une mission dont la plupart des membres provenaient directement du cabinet du ministre de l’environnement. Une violation flagrante des lois sur la gestion des entreprises publiques, lesquelles interdisent formellement de prendre en charge des dépenses émanant d’un ministère, même de tutelle. Montant estimé de cette opération : 40 000 dollars pour les frais de mission uniquement.
Une opération opaque autour de la taxe carbone
Derrière cette mission, se cache une opération financière suspecte : la collecte de la taxe carbone auprès des pétroliers opérant dans l’Ituri. Cette taxe, prévue par les lois en vigueur (notamment la Loi n°15/012 du 1er août 2015), aurait dû être perçue par voie bancaire, assurant ainsi une traçabilité et un encadrement rigoureux des fonds.
Or, les agents dépêchés sur place semblent avoir privilégié un paiement en espèces. Ce choix compromet gravement la transparence dans la gestion des fonds publics et soulève des soupçons de concussion au sein du ministère. Pourquoi contourner les circuits bancaires ? À qui profite cette manœuvre ?
Une mission endeuillée, un État saigné
Comme si le scandale ne suffisait pas, la mission a tourné au drame. Le mercredi 30 juillet, un cadre du FFN Héritier KABWIKU MENAYAME, membre de cette délégation, a été tué par des civils armés non identifiés à Bunia. Ce décès tragique, au-delà de la perte humaine, entraîne une nouvelle série de coûts pour l’État congolais : rapatriement du corps à Kinshasa, frais d’obsèques, et indemnisation à la famille du disparu.
Montant estimé : plus de 240 000 dollars
Une perte globale de 300 000 dollars pour zéro résultat
Au total, l’opération aura coûté environ 300 000 dollars au Trésor public sans résultats tangibles. Aucune mesure concrète de recouvrement de la taxe n’a été documentée, aucun rapport rendu public, aucune action légale contre les exploitants défaillants n’a été engagée. Pire, cette mission inutile survient alors que la même ministre bloque la réhabilitation du Directeur Général légitime du FFN, en violation flagrante d’une décision du Conseil d’État.
Un appel à la transparence
Ce dossier appelle des réponses claires :
Pourquoi avoir engagé une mission ministérielle à la charge d’un établissement public ?
Pourquoi ignorer les circuits bancaires pour une taxe aussi sensible que celle du carbone ?
Pourquoi persister à bloquer la direction légitime du FFN au détriment de la loi ?
Qui est responsable de la perte humaine tragique dans cette affaire ?
Il est temps que la Cour des comptes, l’Inspection Générale des Finances (IGF) et le Parquet financier se saisissent de ce scandale, afin que la lumière soit faite sur les responsabilités engagées et que justice soit rendue à l’État congolais et à la famille de l’agent décédé.

