Politique : RDC ou le pays des accords moins sérieux ? Retour sur les grands accords politiques non respectés

Par Malocy Mpika

Accord de cité de l’Union Africaine, de la Saint Sylvestre, Genève, Nairobi et Kingakati…, la politique congolaise ne cesse de nous offrir les accords. Pourtant, ils ne sont jamais respectés. Retour sur les principaux accords politiques jamais respectés.

  1. Accords de la cité de l’Union Africaine et de saint sylvestre

En chute libre de popularité, acculé par la communauté internationale, contesté dans les rues de grandes villes où les manifestations contre son éventuel troisième mandat n’arrêtaient de compter des morts, Joseph KABILA alors président de la République veut calmer les tensions et tente un dialogue avec l’opposition menée par le Sphinx de limete. À la manœuvre, Edem KODJO est nommé médiateur par la commission de l’Union Africaine, pour négocier l’organisation des élections et par ricochet le départ en douceur du président KABILA au pouvoir depuis plusieurs années. Au sein de l’opposition, ce dialogue est alors boudé. S’il ne connaîtra pas la participation de figures de taille de l’opposition, seul Vital Kamerhe y jouera un rôle de mérite, très salué par l’ancienne majorité au pouvoir.

À limete le ton se lève, une bonne frange de l’opposition dit non à ce dialogue, un non appuyé par l’auto-éxclusion de Samy Badibanga, un haut cadre de l’UDPS, qui a accepté de prendre part au dialogue, contrairement aux directives de son parti UDPS. À l’issue de ces assises, un accord est trouvé et signé par les Kabilistes et une partie de l’opposition dirigée par Vital Kamerhe. Les termes de cet a accords étaient claires : la constitution d’un fichier électoral et le recensement, la priorité aux élections présidentielles, législatives et provinciales, le partage de pouvoir dont la nomination d’un premier ministre de l’opposition, et surtout le maintien du président KABILA au pouvoir après 2016.

Aussitôt l’accord signé, un premier ministre est nommé. Samy Badibanga l’emporte devant vital Kamerhe pourtant donné favori à ce poste. Par là commence la plus grande crise politique du pays. À limete, on appelle à la convocation d’un vrai dialogue, sous l’égide de l’ONU. En dehors du partage de pouvoir, les autres recommandations de ce dialogue vont souffrir d’application. Alors qu’il traine à Kinshasa, Edem KODJO se fera traiter de grand Kabiliste par Etienne Tshisekedi lors d’un grand meeting populaire.

La pression monte, le Rassemblement de l’opposition, principale plateforme de l’opposition dirigée par Etienne Tshisekedi attend la convocation d’un vrai dialogue. Les évêques de la CENCO sont appelés au secours. Ils vont réussir à réunir toutes les parties prenantes. Après des longues nuits d’attente, les camps politiques parviennent à signer un accord. Juste après sa publication, une déclaration passe dans les médias. La déclaration signée par l’ancien président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, renseigne que le camp Kabiliste a signé l’accord, mais sous réserve. L’accord ouvre la voie à des arrangements particuliers. Des longs jours d’attente s’en suivront, chaque parti ne faisant aucune concession.

Alors que les arrangements particuliers ne sont pas signés, Une nouvelle terrible frappe limete, le 1 février 2017, le Sphinx n’est plus. Le Rassemblement de l’opposition rejette alors les arrangements particuliers qui seront signés par le clan Kabila et une partie de l’opposition. Le dédoublement du Rassemblement verra jour, Ainsi, Tshibala et Olenga Nkoy en revendiquent la paternité. Bruno Tshibala est nommé premier ministre le 7 avril 2017, sa nomination est considérée par la CENCO comme une entorse à l’accord signé lors du dialogue inclusif. De la signature sous réserve de la majorité présidentielle jusqu’à la nomination de Bruno Tshibala, les termes de l’accord ne seront plus respectés.

  1. Accord de Genève Alors que l’organisation de la présidentielle approche, 7 ténors de l’opposition réunis à Genève signent un accord désignant Martin Fayulu comme candidat commun de l’opposition. L’accord interdit également toute participation de l’opposition à l’élection avec la machine à voter.

À 24H seulement de sa signature, Félix Tshisekedi, alors président de l’UDPS, a une pression exercée sur lui par le Secrétaire général de son parti, qui va jusqu’à lui accorder 48h pour qu’il se dissocie de l’accord de Genève, l’UDPS ne pouvant que soutenir son propre candidat et non l’inverse. Il s’exécutera en retirant sa signature de cet accord de Genève. Après Tshisekedi, Vitale Kamerhe va emboîter les pas et se dissocier egalement de l’accord. Ce texte de 9 pages signé dimanche 11 novembre à Genève incarnait du moins pour quelques heures l’espoir d’une alternance en RDC. Pour une première dans l’histoire de la politique congolaise, les acteurs majeurs de l’opposition s’étaient mis d’accord sur la nécessité d’unir leurs forces. Du retrait de la signature de Tshisekedi jusqu’à la participation de Martin Fayulu aux élections avec la machine à voter, les termes de l’accord ne seront pas respectés.

  1. L’accord de Nairobi

À l’hôtel Séréna de Kenya, Tshisekedi et Kamerhe signent un accord d’alliance. Le principal point, Vital Kamerhe laisse la main à Félix Tshisekedi qui devient le candidat unique du Cap pour le changement CACH en sigle. L’accord a des clauses, il stipule qu’une fois l’élection gagnée, Kamerhe deviendra le premier ministre et au bout du mandat, il sera candidat unique du Cap pour le changement, avec bien-sûr la bénédiction de Tshisekedi qui devrait lui céder la place, et à son tour aller à la primature. Après la victoire contestée de Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe est nommé Directeur de cabinet du président Tshisekedi. À la suite d’un spectaculaire scandale de détournement des fonds alloués aux travaux du projet de 100 jours du président de la République, Vital Kamerhe se verra condamné à 20 ans de prison. Sa prétendue participation aux élections comme candidat président de la République avec le soutien de Félix Tshisekedi est désormais clairement compromise. Pourra-t-il quitter de la prison vers la présidence ou vers la primature ? À ce niveau, seul Bruno Tshibala a le secret de cette recette politique. Interrogé sur le respect de l’accord entre Tshisekedi et Kamerhe, un responsable de la jeunesse de l’UDPS n’hésite pas de s’en moquer :  » l’accord était pour gouverner ensemble, et non détourner l’argent du contribuable ensemble ». De la nomination de Vital Kamerhe comme Directeur de cabinet du président de la République jusqu’à son emprisonnement, les termes de l’accord de Nairobi ne sont plus respectés.

  1. L’accord de Kingakati

Le plus mystérieux des accords politiques congolais est sans doute celui de Kingakati, engageant Félix Tshisekedi et son grand Partenaire de coalition, Joseph Kabila. L’un est président et l’autre ancien président. Pourtant, le Raïs a suivi avec attention la signature de l’accord de Genève et sa suite spectaculaire. Pourquoi a-t-il pris de risque? Le contenu de l’accord de Kingakati révélé par certains médias n’a pas été jusque-là infirmé ni confirmé par les parties concernées, CACH ou FCC. L’accord accorde les immunités totales au clan Kabila, que ce soit pour les crimes de guerre, crime économique ou tout autre crime commis lors de l’exercice du pouvoir. Si le partage du pouvoir de nomination y est mentionné, c’est sans compter sur le fils du sphinx de limete qui l’a dit d’un ton ferme lors de sa dernière adresse à la nation : « Aucun accord ne peut primer sur mes Prérogatives Constitutionnelles, ni le bien être de la Population Congolaise. » Avait-il signé l’accord de Kingakati sous réserve ?

Depuis que cette déclaration est faite dans un discours incroyablement court de 6 minutes, les réunions au sein du FCC se multiplient. L’intention de Tshisekedi de ne plus respecter ses engagements ne fait aucun doute. Le Raïs ne dira pas le contraire, lui qui est sorti de son silence légendaire. Dans les documents audios publiés par le magazine Jeune Afrique, il déplore les agissements de son. Partenaire du CACH, qui a fait des mises en place dans l’armée sans l’avis du FCC. Si l’accord est nommé : [ accord pour la paix et la stabilité en République démocratique du Congo ], il n’a pourtant pas de quoi engager la République. Devant ses députés et sénateurs réunis dans la ferme devenue célèbre de Kingakati, le Raïs leur a demandé de se préparer à la résistance. À quoi fait-il allusion ? Aurait-il un moyen de pression sur son partenaire ? Derrière la montagne se cache la montagne, écrit Kitenge Yesu, le haut représentant du président de la République Félix Tshisekedi. Si Tshisekedi fils est considéré comme une montagne, derrière lui, une autre montage possible est Étienne Tshisekedi, son mentor. Ce dernier n’avait pas hésité de promettre une grande récompense à tout celui qui lui amènerait Joseph Kabila ligoté. De quoi sera capable Félix Tshisekedi face à l’action du FCC ? Seul Kitenge Yesu a l’idée. De la création de la coalition FCC-CACH jusqu’à la dernière réunion sous tension à Kingakati, les termes de l’accord entre Kabila et Tshisekedi ne sont plus respectés. Quel sera le prochain accord politique ? Nous essaierons de répondre après les consultations initiées par le président Félix Tshisekedi.

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