RDC/ Histoire : Radioscopie de l’institution président de la République sous joseph Kasa-vubu, le premier président de la RDC

Par Frederick Lem Amisa
En tant que premier président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kasa-Vubu a occupé une position institutionnelle complexe et en constante évolution. Son mandat, qui s’étend de 1960 à 1965, a été marqué par une instabilité politique et des crises profondes. L’institution de la présidence sous Kasa-Vubu était le reflet de cette période tumultueuse.
Cadre juridique initial
L’institution présidentielle a été établie par la Loi fondamentale du 19 mai 1960 relative aux structures de la République du Congo. Ce texte, élaboré en Belgique avant l’indépendance, prévoyait un régime parlementaire avec un président de la République aux attributions principalement symboliques et honorifiques. Le pouvoir exécutif était exercé par un Premier ministre et son gouvernement, responsables devant le Parlement.
Le président avait alors pour rôles entre autres :
- Nommer le Premier ministre (le choix devait être validé par le Parlement).
- Promulguer les lois.
- Représenter l’État sur la scène internationale.
- Commander les forces armées (de manière théorique).
La pratique du pouvoir et les crises
La réalité du pouvoir a rapidement contredit le cadre juridique initial. La rivalité entre Kasa-Vubu et son Premier ministre, Patrice Lumumba, a conduit à une crise institutionnelle majeure dès septembre 1960.
Le coup de force de Kasa-Vubu du 5 septembre 1960 aboutit à la révocation de Lumumba. Cette décision est jugée anticonstitutionnelle par de nombreux juristes et acteurs politiques, car elle ne respectait pas le régime parlementaire en place. Le Parlement, en retour, tentera de révoquer Kasa-Vubu. Cette crise a ouvert la voie à l’intervention de l’armée et au coup d’État du colonel Joseph-Désiré Mobutu.
La montée en puissance du Président Kasa-vubu après la destitution de Lumumba a déclenché la recherche de la consolidation de son pouvoir. Il a navigué entre les factions politiques et a joué un rôle de plus en plus actif dans la gestion des affaires de l’État, s’écartant du rôle purement protocolaire qui lui était initialement dévolu.
La Constitution de Luluabourg (1964)
La présidence a connu une évolution significative avec l’adoption de la Constitution de Luluabourg en 1964. Ce texte a tenté de mettre fin à l’instabilité en renforçant considérablement les pouvoirs du Président de la République. Son pouvoir s’accroît :
- Le Président devenait le chef de l’exécutif.
- Il nommait et révoquait le Premier ministre et les autres membres du gouvernement.
- Il avait des pouvoirs de dissolution du Parlement.
- Il pouvait légiférer par ordonnance dans certains cas.
Cette nouvelle Constitution marquait un passage d’un régime parlementaire à un régime présidentiel ou semi-présidentiel, donnant à Kasa-Vubu un pouvoir institutionnel beaucoup plus solide.
Fin du mandat et coup d’État
Malgré la Constitution de Luluabourg, l’instabilité n’a pas disparu. Les conflits politiques ont persisté et l’opposition est restée forte. Le 24 novembre 1965, Joseph Kasa-Vubu est renversé par un coup d’État de l’armée dirigé par le général Joseph-Désiré Mobutu.
La radioscopie de l’institution présidentielle sous Joseph Kasa-Vubu révèle une trajectoire en trois phases :
- L’idéal parlementaire de 1960 : Un président au pouvoir limité et symbolique.
- La période de crise (1960-1964) : Une présidence qui s’affranchit du cadre constitutionnel pour jouer un rôle politique central, en particulier face à l’instabilité et à la rivalité avec le Premier ministre.
- Le renforcement constitutionnel de 1964 : Une présidence formellement dotée de pouvoirs importants, annonçant la tendance à la concentration du pouvoir dans les mains du chef de l’État, qui sera pleinement réalisée sous le régime de Mobutu.
L’institution présidentielle sous Kasa-Vubu est donc un laboratoire où se sont affrontés les principes du parlementarisme, les réalités des crises politiques et la quête de stabilité à travers la concentration du pouvoir. Dans l’imaginaire populaire, le Président Kasa-Vubu est considéré comme faible ; alors que la radioscopie de sa présidence nous prouve le contraire

