RDC/ Politique : Le rôle négatif des USA dans le destin tragique de la RDC [Tribune]

Par Frederick Lem Amisa
L’implication des États-Unis en République Démocratique du Congo (RDC) est un sujet historique complexe et souvent controversé. Si les relations officielles mettent en avant la coopération et l’aide au développement, de nombreux analystes et historiens pointent du doigt une série d’interventions qui ont profondément déstabilisé le pays depuis son indépendance.
Voici les principaux piliers de ce qui est souvent décrit comme « rôle négatif » des USA dans le destin du Congo :
1. L’élimination de Patrice Lumumba (1960-1961)
Dès l’indépendance en 1960, les États-Unis, sous l’administration Eisenhower, ont perçu le Premier ministre Patrice Lumumba comme une menace. En pleine Guerre froide, son nationalisme et son refus de s’aligner strictement sur l’Occident ont été interprétés à tort comme une dérive vers l’Union soviétique.
L’implication de la CIA : Des documents déclassifiés ont révélé que la CIA a activement comploté pour éliminer Lumumba, allant jusqu’à envisager un empoisonnement.
Conséquence : Son assassinat en janvier 1961 (avec la complicité de la Belgique et de rivaux locaux) a privé le pays de son leader démocratiquement élu, plongeant le Congo dans une instabilité chronique dont il ne s’est jamais totalement remis.
2. Le soutien indéfectible à la dictature de Mobutu (1965-1997)
Après l’élimination de Lumumba, les USA ont favorisé l’ascension de Mobutu Sese Seko. Pendant plus de 30 ans, il a été le « rempart contre le communisme » en Afrique centrale.
Soutien financier et militaire : Malgré la corruption généralisée (la « kleptocratie ») et les violations massives des droits de l’homme, Washington a versé des milliards de dollars en aide et en équipement militaire pour maintenir Mobutu au pouvoir.
Conséquence : Ce soutien a permis à Mobutu de piller les ressources du pays et de détruire ses infrastructures sans crainte de pressions internationales, menant à une faillite économique totale.
3. La déstabilisation régionale et les guerres du Congo (1996 – Présent)
À la fin de la Guerre froide, l’intérêt stratégique de Mobutu a décliné. Lors de la chute du régime en 1997, l’influence américaine s’est déplacée vers de nouveaux alliés régionaux (Rwanda et Ouganda).
Soutien aux agresseurs : Les USA ont été accusés de fermer les yeux sur les incursions rwandaises et ougandaises en RDC, qui ont déclenché des conflits ayant fait des millions de morts.
Le paradoxe de la paix : Plus récemment (notamment en 2025), des accords diplomatiques facilités par les USA (souvent appelés « Pax Americana ») sont critiqués pour favoriser les intérêts sécuritaires du Rwanda ou l’accès aux minerais au détriment de la souveraineté territoriale congolaise.
4. Les enjeux économiques : La course aux minerais critiques

Le « malheur » du Congo réside souvent dans la richesse de son sous-sol. L’intérêt américain a évolué selon les besoins technologiques :
L’Uranium : C’est du Congo (mine de Shinkolobwe dans le Haut-katanga) que provenait l’uranium des bombes d’Hiroshima et Nagasaki, une ressource sécurisée par les USA dès les années 40.
Cobalt et Lithium : Aujourd’hui, la compétition avec la Chine pour la transition énergétique pousse les USA à sécuriser des accords miniers.
Critique : Les accords récents (comme le partenariat stratégique de fin 2025) sont parfois perçus comme une forme de « pseudocolonialisme » où l’accès prioritaire aux ressources prime sur le renforcement de l’État congolais.
Loin de nous l’idée de mettre tout le malheur de la RDC sur le dos des USA, mais les faits ci-haut énumérés prouvent que le pays de l’oncle Sam a pesé négativement dans le destin de ce pays. Sans oublier que les USA sont le tout premier État, à reconnaître la souveraineté internationale de la RDC.

