RDC/ Société : ne touchez pas au stade Tata Raphaël ! [Tribune]

Par Gillon Bakuka Luzolo, Président du Conseil communal de Bumbu
La récente proposition de débaptiser le stade Tata Raphaël de la Kethulle de Ryhove pour le rebaptiser stade Ali-Foreman suscite un profond malaise chez nombre de Kinois attachés à l’histoire et à l’identité de notre ville. En tant que fils de Kinshasa et serviteur de ma communauté, je ne peux rester silencieux devant une telle initiative qui, sous couvert d’hommage, risque d’effacer un pan essentiel de notre mémoire collective.
D’abord, rappelons une évidence : le stade Tata Raphaël est un stade de football, pas un ring de boxe. C’est là que s’est écrit l’histoire du football congolais professionnel, que se sont forgées des légendes locales, que se sont vécues les plus grandes émotions sportives de notre peuple. Ce lieu est plus qu’une infrastructure : il est un symbole de fierté nationale et un témoin de la passion du sport qui anime Kinshasa depuis des décennies.

Ensuite, il est crucial de comprendre que le nom « Tata Raphaël » porte une signification historique et morale profonde. Ce n’est pas un simple baptême administratif. Il rend hommage à Monseigneur Raphaël de la Kethulle de Ryhove, un homme de conviction et de vision, qui a consacré sa vie à la jeunesse congolaise, à l’éducation et au développement du sport dans notre pays. Effacer son nom du patrimoine kinois reviendrait à nier la contribution d’un bâtisseur de la nation.
Certes, le combat de 1974 entre Mohamed Ali et George Foreman fut un moment exceptionnel, un événement planétaire qui a mis Kinshasa sur la carte du monde. Personne ne conteste l’importance de ce souvenir. Mais faut-il pour autant effacer notre propre histoire pour glorifier un épisode qui, malgré son éclat, fut étranger à notre discipline reine ? Non. Honorer Ali et Foreman peut se faire autrement : par un mémorial, un centre culturel, ou un complexe sportif moderne dédié à la boxe.
Mais le stade Tata Raphaël doit rester ce qu’il a toujours été : le cœur historique du football congolais. D’ailleurs, s’agissant des légendes sportives, le stade Tata Raphaël, jadis Stade du 20 mai, en 1967 accueillait déjà la plus grande légende du football moderne le Roi Pelé, un événement qui a marqué le début du prestige international de ce stade. Faudrait-il à ce sens le rebaptiser stade Roi Pelé ? Une démarche loin d’être pensée.
Kinshasa a besoin de préserver ses symboles, pas de les renommer au gré des émotions ou des influences extérieures. Ce stade est une part de notre identité, un repère de mémoire pour tous les Kinois. Le débaptiser, c’est tourner le dos à nos racines, c’est blesser la mémoire sportive et culturelle de toute une génération.
Le stade Tata Raphaël appartient au peuple kinois. Et ce peuple, fier de son histoire, n’acceptera pas qu’on efface ses symboles.

