RDC:Enfin,Prof Mpoy-Kamulayi Lumbala Tshiamanyangala donne raison au chef de l’État pour l’annulation du syllabus(Tribune)

Chers collègues,

Au sujet des propos du Président de la République sur la gratuité du syllabus qui ont entraîné diverses réactions sur cette plateforme, je pense, pour ma part, qu’il est utile de mentionner qu’il y a encore parmi nous des collègues qui ont étudié à Lovanium comme à l’étranger et qui peuvent nous édifier tous sans aucun effort intellectuel sur la relation qui existait à leur époque entre les étudiants et les professeurs au sujet du syllabus.

En ce qui me concerne, je n’ai aucune souvenance que les syllabus nous étaient distribués gratuitement par l’Université. Je n’ai non plus aucune souvenance que tel ou tel professeur se préoccupait le moins du monde de savoir quel étudiant se donnait la peine de se procurer son syllabus ou non.

À la Faculté de Droit où j’étais étudiant, les examens étaient quasiment tous oraux; on entrait dans le bureau du Professeur en tremblant et on en sortait souvent avec le sentiment d’avoir réussi ou d’avoir échoué; les contestations des cotes étaient quasiment rares et l’expression “points sexuellement transmissibles” n’avait aucun droit de cité à l’Université.

Devenu parent, mes enfants ont étudié dans plusieurs universités occidentales où ils avaient accès en permanence à l’électricité et à l’Internet à travers le campus et partout en ville; cependant, aucun de mes enfants ne m’a jamais dit que l’Université leur fournissait gratuitement des ordinateurs portables ou des syllabus.

Notre propre défaillance nous a convaincus que nous devions nous substituer à la défaillance de l’Etat en recourant sans vergogne à des succédanés de tous genres soi-disant pour assurer la survie de l’Université afin de garantir l’éducation des enfants de la République.

Ce faisant, nous avons institutionnalisé le mécanisme de la honte dénommé “COPA”; nous nous sommes engagés sans aucune pudeur dans le monnayage individualisé de toutes sortes de services et prestations qui s’effectuent dans toute université digne de ce nom à travers des services centralisés qui n’entretiennent aucune relation personnalisée avec les étudiants.

Par notre propre turpitude et notre défaillance collective, nous sommes devenus la cible facile de la vindicte de nos propres étudiants et celle des politiciens en mal de sensationnalisme et de popularité.

Le spectacle qui s’est produit hier à l’UPN n’est que le fruit d’un processus dans lequel nous avons délibérément choisi de nous engouffrer.

Mais, au lieu de saisir cette opportunité pour réfléchir sereinement sur la vision qu’il nous incombe de formuler pour engager l’ensemble de la communauté universitaire dans un processus bien élaboré de revitalisation et de promotion de l’Université congolaise vers sa Renaissance, nous voici réagissant purement de manière émotionnelle sur le caractère injurieux des propos que le Président de la République a tenus à notre égard devant nos étudiants à l’UPN.

Chers collègues, notre mal est profond; notre complaisance est alarmante et notre faillite est quasiment totale. Ayons le courage de sortir de la torpeur et cessons de nous évertuer à vouloir trouver ailleurs des boucs émissaires qui devraient porter la responsabilité de notre propre défaillance.

Je sais que comme d’habitude, d’aucuns se lèveront promptement pour clamer haut et fort qu’il y a certainement des îlots de sainteté parmi nous; mais là n’est pas le problème parce que la sagesse populaire nous enseigne qu’une seule orange pourrie finit par corrompre toutes les oranges saines qui l’entourent.

Réveillons-nous chers collègues et dressons courageusement l’état des lieux de notre Université et prenons toute la mesure du long chemin sur lequel nous devons nous embarquer afin de pouvoir léguer à nos enfants et à nos petits-enfants une Université congolaise digne de ce nom.

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