RDC/Itinéraire politique de Gabriel Kyungu,lumière et ombre d’un nationaliste !

Par Bomanga Georgette

Le 14 août 2021, l’opinion nationale apprenait la disparition, à Luanda, capitale de l’Angola, de celui que l’on affublait du qualificatif de « Baba wa Katanga », le Père du Katanga, Gabriel Kyungu wa Kumwanza. Sa mort est intervenue quelques jours seulement après celle de son fils aîné biologique, Marcel Kyungu N’sala.
Du coup, les commentaires en sens divers ont fusé de toutes parts, les uns pour magnifier le combat politique du dernier des 13 parlementaires qui, dans les années 80, avaient osé défier le maréchal Mobutu Sese Seko au plus fort de son régime, en réclamant par une lettre rendue publique, l’ouverture démocratique dans l’ex Zaïre. Et les autres pour le fustiger comme celui qui aura été à la base de la purge des Kasaïens chassés du Katanga dans des conditions inhumaines. C’est la preuve que le président de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga, et président du Conseil d’administration de la Gécamines ne laissait personne indifférent.
Pour le premier groupe, ce personnage mythique exceptionnel avait porté très haut les revendications légitimes d’un peuple en souffrance. Kyungu wa Kumwanza a vécu et marqué son époque par sa volonté manifeste de voir le Congolais jouir de sa liberté d’expression et d’opinion. Il figure ainsi parmi ceux qui ont pris le courage de signifier par écrit à l’homme à la toque du léopard que le peuple en avait marre de vivre sous la férule du parti unique, et que l’heure avait sonné pour l’ouverture politique.
Il figurait ainsi parmi les 13 parlementaires qui, après avoir donné naissance le 15 février 1982 à un « deuxième parti politique », l’Union pour la démocratie et le progrès social –UDPS- dont la présidence fut confiée à Frédéric Kibassa Maliba, après le Mouvement populaire de la révolution, auront connu des souffrances indicibles de la part de l’homme fort de la seconde République. A ce titre, ceux-là estiment qu’Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza aura été l’un des héros du combat démocratique dans notre pays, et qu’il mérite le respect de tous.

Sa disparition prend un relief particulier au Katanga en général où, après Moise Tshombé, Kyungu wa Kumwanza était considéré comme le père de cette partie de la RDC. Il ne fait dès lors pas de doute qu’il faudra beaucoup de temps pour, a dit le gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula, « oublier cet homme hors du commun, avec qui bon nombre ont partagé les idées et expériences, tant sur le plan politique, moral que social ». D’autant que Baba avait, ajoute-t-il, « cette liberté de dire en toute indépendance le fond de sa pensée sans se gêner. C’est avec ce charisme qu’il conduisait déjà l’Union sacrée de la nation, une plateforme placée sous l’autorité morale de Félix Tshisekedi ». Kyungu pensait, révèle-t-il, que le temps de la disparité des idées pour construire est révolu. Il est de bonne politique de se serrer les coudes derrière cet état d’esprit pour élever le Congolais.
Il ne fait pas de doute qu’avec son passage dans l’au-delà, le chef de l’Etat perd un allié de taille, mieux un « papa » qui le comblait de son attention particulière, ce que Félix Tshisekedi lui rendait à merveille.
L’un de ses compagnons politiques au sein d’Ensemble pour la République, José Endundo, loue ses capacités d’un leadership clair et précis. Dans le moment le plus pénible, affirme-t-il, il avait une capacité de réaction phénoménale. C’était un homme qui disait ce qu’il pensait. « C’est donc un homme qui avait encore beaucoup des choses à faire, et un rôle à jouer pour ce pays qu’il a tant servi».
L’ombre qui couvre son aura
Ces éloges ne sont pas du tout partagés par les analystes du second groupe qui le traitent plutôt comme l’un des bourreaux des populations kasaiennes ayant vécu des décennies durant au Katanga, et qui auront contribué de toutes leurs forces à l’édification de cette province minière. D’autant plus, soutiennent-ils, que les métiers les plus difficiles, notamment l’extraction du cuivre dans les mines, étaient faits par des Kasaiens, tandis que les Katangais d’origine, eux, s’adonnaient à l’alcoolisme. Le président de l’Union des Nationalistes et Fédéralistes du Congo –UNAFEC- est donc accusé d’avoir été « le chantre d’un discours sulfureux de haine ethnique contre les ressortissants du Kasaï installés au Katanga. Ce qui aboutit, entre 1993 et 1995, à une sanglante épuration ethnique. Ils continuent ainsi de considérer que cette étape aura été l’ombre qui couvre sa longue carrière politique.

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